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Cent cinquante laitières au pâturage

Pâturage et grand troupeau sont tout à fait compatibles au vu de l’expérience des associés du gaec quatre H. Et même, le mariage se révèle très sain pour l’économie de leur élevage et le temps de travail.

 

L’équation devient courante dans nos campagnes : « Pour sortir plus d’un million de litres de lait sur moins de deux cents hectares, il faut récolter grand de fourrage, en quantité mais aussi en qualité. » Au gaec quatre H, les solutions sont simples mais efficaces, bien que de moins en moins souvent envisagées. Avec cent-cinquante vaches à traire, beaucoup renonceraient à leur faire prendre le chemin des pâtures. A Châtelais, dans le Haut Anjou, les quatre associés, dont les noms commencent tous par un H, partagent une même marotte : miser un maximum sur le pâturage, les prairies, l’herbe.

 

IMG_4075 copieEn ce mois de mai, le large troupeau passe ses journées et nuits entières dans les prés. Les laitières ne reçoivent que trois ou quatre kilos d’ensilage de maïs lors de leurs brefs passages en stabulation.

 

Pour le reste, trois quarts de leurs besoins fourragers, les vaches se remplissent la panse toutes seules dans les pâtures. Agé de cinquante-deux ans, Pierre-Marie Heulin est le plus ancien sur  la ferme. Il en porte l’âme.

 

 

 

Il s’était installé voilà  plus de trente ans avec son père et deux oncles: « Ici les terres sont vallonnées et séchantes. En céréales, elles ne donnent que soixante quintaux. Depuis les années cinquante, on n’y fait que du lait ou sinon de la viande maigre.»

 

Dans ce terroir, les deux cents hectares de l’exploitation semblent obéir à une conduite assez extensive. Les prairies occupent à elle seules un peu plus de cent vingt hectares. Toutes sont composées de multiples espèces. Il s’agit de mélanges complexes de graminées et légumineuses composés en fonction des comportements, très variables, des sols. C’est la spécialité de Frédéric, frère de Pierre-Marie, que de varier les compositions floristiques au gré des parcelles.

 

Parmi les incontournables, le ray-grass anglais pour sa longévité et sa souplesse, l’hybride et le trèfle violet pour booster la productivité la première année. A cette base s’ajoutent, selon les situations, la fléole, le sainfoin, le trèfle blanc à longue feuille et l’hybride, le lotier et la fétuque dans les sols séchants, la luzerne et accessoirement le dactyle en terrain très superficiel. Les prairies sont fort peu azotées. «Cette année, nous n’avons apporté que vingt à cinquante unités sur une quinzaine d’hectares. »

 

Elles reçoivent en revanche, tous les ans, du lisier ou du fumier de bovins. Elles sont intégrées à la rotation et conservées quatre à cinq années en moyenne. «Cela dépend de l’état de dégradation. Certaines tiennent huit ans, d’autres sont retournées au bout de trois.» Entre deux prairies s’intercalent deux années de céréales ou de maïs. Ce dernier est cultivé sur une quarantaine d’hectares avec deux tours d’irrigation pour sécuriser le rendement. 

 

Il valorise le fumier de trois poulaillers label. Le même souci d’économie gouverne les pratiques alimentaires complémentaires. Une vingtaine d’hectares de céréales sont dévolus d’abord à nourrir les vaches et les cent cinquante génisses.  Pour compléter la ration de base des vaches, les éleveurs achètent une centaine de tonnes de tourteaux de colza et deux cents à deux cent cinquante tonnes de betteraves broyées et incorporées à la ration : « Un producteur nous réserve deux à trois hectares tous les ans. »

 

Avec huit mille litres de lait par vache, la moyenne économique du troupeau montre que les animaux ne sont pas poussés au maximum de leur potentiel. La priorité, explique Pierre-Marie, est de raboter les coûts de production. Ils sont très faibles: moins de cent euros au mille litres pour les charges opérationnelles. Il s’agit essentiellement de coûts alimentaires, les frais vétérinaires étant négligeables. La priorité à l’herbe, au pâturage, et le frein serré sur les intrants, sont les clés de cette performance. Elles permettent à ces éleveurs de produire à un coût inférieur de 60 à 80 euros par rapport à la moyenne des élevages.

 

Toutes les prairies sont pâturées

IMG_4085 copieEconome, cette conduite n’est toutefois extensive qu’en apparence. Pour tirer le meilleur de l’herbe, le management des prairies est des plus intense. 

 

Les cent cinquante vaches pâturent ensemble la même parcelle. Chacune est divisée en plusieurs paddocks de un hectare et demi à deux. Les vaches n’y séjournent que trois ouquatre journées. «Nous mettons au fil leur ration journalière, soit 40 à 45 ares au printemps.» Le  fil avant est déplacé chaque matin, juste avant le retour des bêtes.

 

 

La nuit, celles-ci fréquentent d’autres parcelles plus proches, délimitées en fonction de la pousse de l’herbe: «Elles mangent moins la nuit. » Cette méthode permet un affouragement plus régulier: «Depuis que nous travaillons avec le fil avant, il y a moins de pertes, de surpâturage et on ne voit presque plus de variations dans le tank à lait» commente Edouard Heulin.

 

Ce printemps, fort pluvieux et chaud, les éleveurs ont néanmoins accusé quelques dents de scie dont ils n’étaient plus coutumiers: «La montaison s’est faite partout en trois jours. C’est la première fois en vingt ans qu’on a vu cela. » Habituellement, face à cette diminution rapide de l’appétence et de la valeur de l’herbe, les éleveurs ont une parade efficace: «Quand elle commence à monter, on fauche la quantité pour deux jours.» Rationné au fil, le fourrage est ensuite consommé sans difficulté par les vaches.

 

«Elles mangent la plante entière, cela fait moins de refus. » Pour une bonne productivité, toutes les prairies sont pâturées et aussi fauchées au moins une fois par an. La maîtrise des refus n’en est que meilleure et il en résulte une grande souplesse de gestion de la pousse l’herbe, chaque parcelle pouvant être débrayée en fauche si nécessaire. Outre le coup d’oeil du matin après la traite, les éleveurs passent en revue l’ensemble des parcelles tous les huit à dix jours afin d’ajuster au mieux les impasses de pâturage avant la fauche. Une bonne soixantaine  d’hectares sont ainsi débrayés en ensilage et autant en foin.

 

Salle de traite classique

IMG_4064 copieSelon Pierre-Marie, l’exploitation assidue des prairies permettrait d’en tirer neuf à dix tonnes de matière sèche à l’hectare. Chiffre sans doute atteint, mais dont il est difficile de dire s’il s’agit d’une performance uniforme.

 

Quoi qu’il en soit les vaches fréquentent les pâtures de jour au moins neuf mois dans l’année, entre février et décembre. Elles y résident la nuit de Pâques jusqu’au changement d’heure fin octobre. 

 

 

 

L’été, la flore multi-espèces, et notamment les légumineuses, offre de valoriser le moindre épisode pluvieux. «Mêmes’il n’y a que cinq cents kilos à une tonne à l’hectare à ramasser, on les met. L’herbe est très riche.»

 

Le pâturage tourne au moins deux fois plus vite (deux hectares par jour). «Si c’est vraiment très sec, on les rentre en journée mais la nuit elles sont dehors. En 2010 et 2011, années de forte sécheresse, les éleveurs ont été contraints d’acheter du fourrage : » Nous étions très chargés car nous élevions en plus une centaine de génisses extérieures. » Depuis cet épisode, ils ont abandonné cette prestation de service pour ne se consacrer qu’à leurs propres génisses.

 

Ces dernières sont bichonnées par Philippe Hurel, dernier arrivé dans le gaec en 2008. Elles ne reçoivent pas de maïs, mais de l’herbe complémentée l’hiver de méteils récoltés en grains, parfois en ensilage. Philippe s’était installé seul en 2002 après ses parents sur des terres pauvres. Sa stabulation à vaches laitières accueille désormais une partie des génisses. Juste à côté, les éleveurs ont bâti une nurserie « achetée en kit », très lumineuse et confortable, autoconstruite comme nombre de leurs bâtiments.

 

Le système actuel est de fait le fruit d’une longue évolution. «Jusqu’en 1993, nous faisions du zéro pâturage, se souvient Pierre-Marie. Les vaches ne sortaient pas dutout. On allait chercher l’herbe à trois kilomètres. Le tracteur, je n’en voulais plus.» La reprise d’une ferme voisine sans quota laitier va permettre de sortir les vaches. De même, la multiplication des chemins d’accès aux pâtures, larges d’une dizaine de mètres, l’équipement de toutes les parcelles de points d’eau alimentés par un forage, le passage aux clôtures électriques mobiles et l’abandon des barbelés, l’équipement de racleurs automatiques dégageant le fumier de la stabulation vers la fumière couverte, une nurserie au top, tout cela a peu à peu contribué à la cohérence et au maintien de ce système à faibles coûts de production, même avec cent cinquante vaches.

 

A l’inverse les charges de structure sont élevées: «Nous préférons investir dans les moyens plutôt que dans les intrants, mettre les économies que nous faisons dans l’amélioration de notre outil. » Récemment, les éleveurs ont refait tous les portails pour améliorer le confort des animaux et des hommes. Faire simple, pour éviter les ennuis, est ici la règle. Pas d’électronique sur les bêtes, une salle de traite par l’arrière deux fois dix, tout y est des plus classiques.

 

Pierre-Marie trait seul matin et soir, Edouard venant en appoint. Il y consacre quatre heures à quatre heures trente par jour. Une personne suffit pour chercher et ramener les cent cinquante vaches en même temps que d’avancer le fil et de jeter un oeil à la prairie. Le convoi prend un quart d’heure. « Le matin il suffit de se poster à leur entrée pour voir les vaches en chaleur.» Cette organisation permet à chaque associé de ne travailler qu’un weekend sur quatre. «Tout est préparé d’avance pour celui qui fait le travail. Il en a pour dix heures sur les deux jours, sauf en cas de vêlage.»

 

Chacun dispose d’une semaine de vacances en hiver et de deux en été: «Nous tournons à trois pendant presque deux mois.» Ce cadre commun a été réfléchi et adapté à chaque élargissement du gaec. «Quand Philippe est arrivé, on a fait une réflexion stratégique avec un conseiller extérieur. Nous l’avions faite aussi deux ans avant, pour l’installation d’Edouard.» Avec cela les éleveurs ont le temps de valoriser leurs vingt kilomètres de haies bocagères : « Nous faisons du bois bûche pour nous et du déchiqueté que l’on vend.»Un kilomètre a été planté depuis trois ans. Reste à écraser les charges fixes, avec un peu plus de lait.

 

Dominique Martin

 

L'exploitation

Gaec à quatre associés :

 

  • Pierre-Marie Heulin,
  • Edouard Heulin,
  • Frédéric Heulin
  • Philippe Hurel
Productions

Productions animales

  • 1,2 million de litres de lait
  • 150 vaches laitières en production
  • Trois bâtiments volaille label

 

Surfaces

200 hectares dont

  • 45 ha de maïs fourrage avec irrigation
  • 26 ha de céréales dont un partie en mélanges
  • Le reste en prairies multi espèces
Dates clés
  • 1972 : les parents de Pierre-Marie et d’Edouard créent le gaec
  • 1984 : installation de Pierre-Marie
  • 1997 : Frédéric s’installe en remplacement de son père.
  • 2006 : Edouard prend la suite de son père
  • 2008 : Philippe installé en 2002 à Châtelais rejoint le gaec