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Fertilisation : pour en finir avec les doses moyennes

Terrena lance Fertilio e-RM, sans doute le conseil de fertilisation le plus pointu jamais proposé aux agriculteurs de nos régions. Basé sur la cartographie de la résistivité des sols doublée d’une étude pédologique de terrain, il propose des conseils de modulation des apports de fertilisants et amendements à l’intérieur des parcelles, en allant jusqu’à fournir les fichiers informatiques pour les épandeurs.

 

IMG_5767 copieFin mai aux Terrenales, nombre de visiteurs ont lorgné vers une étrange machine munie de roues de métal dentées. De loin, on pouvait la confondre avec une charrue à disques en miniature. Tractée par un quad, elle serait bien en peine de remuer le terrain. Ses dents ne font que le mordre en surface comme pour le goûter du bout des lèvres. Voilà bien son « travail du sol » : sonder ce qu’il a dans le ventre.

 

Dès ce mois de novembre, la machine commence d’arpenter les terres de nos régions. La coopérative Terrena lance en effet une offre experte baptisée Fertilio e-RM. Son principe, cartographier les sols de chaque parcelle de culture afin d’ymoduler localement les apports de fertilisants, d’effluents, d’amendements et les densités de semis.

 

Un service complet qui va de la cartographie parcellaire avec caractérisation physique et chimique des sols jusqu’à la fourniture de fichiers informatiques pour les épandeurs, en passant évidemment par des conseils «modulés». La particularité de cette approche est d’assembler les pièces d’un puzzle jusqu’ici éparses ce qui empêchait d’en tirer avantage. 

 

Sous et sur fertilisation 

 

Prenons les cartes de rendements. De nombreux agriculteurs se sont familiarisés avec ces tableaux bariolés de leurs parcelles établis directement par les engins de récolte. L’hétérogénéité des rendements dans le même champ y est dépeinte par tout un gradient de couleurs. Voilà près de vingt ans que le positionnement GPS permet de dresser ces cartes… dont jusqu’ici on ne savait que faire. Selon les années, les zones à faibles et forts rendements s’y déplacent, y compris au retour de la même culture, tant une multiplicité de facteurs joue sur le tableau annuel.

 

Le grand mérite de ces cartes est toutefois de montrer que les rendements vont facilement du simple au double à l’intérieur de très nombreuses parcelles, et d’enregistrer cette variation. La mesure de biomasse par satellite, à la base d’un service de pilotage de la fumure azotée des céréales et colza, délivre le même constat: «90%des parcelles sont hétérogènes, cela chaque année» souligne Hervé Dehove du service marketing de la coopérative.

 

Conséquence majeure: raisonner sa fumure dans une parcelle à partir d’une moyenne revient à en sous fertiliser certaines parties et surfertiliser d’autres. Dans le premier cas, l’agriculteur perd des quintaux. Dans le second, il gaspille des intrants. Au total, il est perdant sur les deux tableaux. D’où l’idée de moduler les conseils et de là les apports à l’intérieur d’une même parcelle. Pour l’azote sur céréales et colza, c’est ce que permet déjà le suivi direct par observation satellite de la biomasse, dont on peut déduire les besoins spécifiques à venir.

 

En revanche pour tous les autres paramètres et a fortiori dans les cultures de printemps, la seule façon d’y voir clair est de revenir à la source de cette variabilité intraparcellaire, autrement dit la pédologie des sols rencontrés.

 

Tel est le travail de l’étonnante machine mise au point durant les années 90 par les fondateurs de la société Géocarta, start-up créée en 2002. Sa spécialité: cartographier en 3 D le proche sous-sol par mesure de la résistivité. Ainsi, les dents du premier train de roues injectent un courant électrique que les trois trains postérieurs récupèrent à différents profondeurs (jusqu’à deux mètres).

 

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Economies et bénéfices en perspectives

Les données géoréférencées permettent de créer, sur trois niveaux, une image dont chaque pixel de couleur mesure une surface de six mètres sur six. La résistivité d’un sol ainsi mesurée est en fait l’inverse de sa conductibilité électrique. Elle varie selon plusieurs paramètres: l’humidité du sol, sa teneur en argile, sa piérosité notamment. L’intérêt n’est pas dans la valeur absolue de cette résistivité (différente selon la saison) mais sur les différences constatées lorsqu’on la mesure à un moment donné. 

 

Par exemple, un horizon piéreux situé sous la surface sera délimité car il s’oppose localement au passage du courant. Il créé des zones à résistivité élevée, marquées en rouge. Or, la pierre, le gravier, le sable grossier sont des volumes non occupés par l’eau, la matière organique ou l’argile. Ils diminuent la réserve utile du sol en eau et sa capacité à retenir les éléments fertilisants.

 

Les zones rouges à forte résistivité sont donc souvent celles où le potentiel de rendement est le plus faible, «mais pas toujours » souligne le pédologue Nicolas Bloch. Une fois les cartes établies, c’est son rôle de sonder le terrain. Car si la machine repère très précisément des variations dans le sous-sol, il reste encore à déterminer leurs causes, leur nature physique, et en évaluer les conséquences sur mes cultures. 

 

C’est là sans doute le plus gros travail à effectuer car l’outil nécessaire est ici encore la bonne vieille tarière manuelle. Néanmoins il est désormais grandement facilité et surtout gagne considérablement en fiabilité. «On se retrouve souvent dans des parcelles où rien dans la topographie ne nous permet de savoir où il faut sonder » remarque le pédologue.

 

Pour repérer et délimiter à l’aveuglette des variations le sous-sol, il faudrait multiplier les sondages rapprochés, ce qui n’est jamais effectué. Muni de la carte de résistivité et d’un GPS, cela devient presque un jeu d’enfant que de se placer au bon endroit. « C’est vraiment très fiable. » Carte et sondages permettent de tracer les contours de zones homogènes dans la parcelle. Le pédologue y détermine chaque type de sol rencontré jusqu’à 1,2 mètre de profondeur et positionne des points où seront prélevés des échantillons pour analyse. « Cela permettra d’y revenir et de d’effectuer de nouvelles analyses dans quelques années exactement au même endroit. »

 

B_résistivité_1La suite est l’édition de tout un ensemble de cartes pour une même parcelle reprenant les zones de types de sols, les teneurs en divers éléments, le pH, etc. «On constate souvent un écart d’un point de pH dans la même parcelle. » Cette opération et les cartes remises à l’agriculteur sont valables «à vie » souligne Hervé Dehove. Tous ces éléments comme les observations qualitatives (hydromorphie, piérosité de surface, etc.) sont ensuite triturés par les agronomes de la coopérative.

 

 

 

Rompus aux calculs de préconisations avec leurs moteurs (comme Epicles) leur tâche est de proposer une modulation zone par zone des divers apports (N, P, K, MgO, CaO, oligoéléments). Tout en intégrant les données des cartes de rendements. Celles-ci trouvent là enfin leur utilité puisque le rendement du  précédent joue sur les conseils formulés pour la culture suivante. Là aussi se baser sur une moyenne conduit à des sur et sous évaluations. «On évitera des apports d’intrants inutiles là où les rendements ont été plus faibles que la moyenne et on sécurisera le potentiel là où le rendement, et donc les exportations du sol, a été supérieur » précise Laurent Varvoux du service agronomie.

 

Dernière étape: la fabrication et la fourniture des fichiers informatiques de modulation pour les épandeurs. Ce travail de transcription des données en fichiers directement utilisables par les machines se faisait jusqu’ici manuellement: «Cela rendait impossible d’envisager un service à grande échelle. » Désormais, cette étape est entièrement informatisée, ce qui va permettre de valoriser des possibilités que nombre de matériels offrent déjà mais qui n’était pas utilisées. Pour les amendements organiques et basiques, les épandeurs ne seront certes disponibles que dans quelques années.

 

«Demain on pourra aussi l’envisager peut-être sur les fongicides, les herbicides etc.» estime Laurent Varvoux. L’approche proposée est quoi qu’il en soit un investissement delong terme. Elle comprend une prestation de base de cartographie des parcelles, unique et valable «à vie», et une autre, à renouveler tous les ans, pour le conseil et la fourniture des fichiers, deux fois dans l’année. Des bénéfices sont avancés et chiffrés. « Donner une moyenne est difficile », prévient Laurent Varvoux, vu l’hétérogénéité des situations liée à celle des parcelles elles-mêmes. Des cas ont été évalués en partant de la cartographie et des conseils moyens appliqués.

 

Les apports modulés pour le chaulage, la fumure de fond (potasse, phosphore) et l’azote (pour une culture de printemps) montrent que le cumul des économies et gains de rendements possibles pourraient varier d’une quarantaine à plus de cent dix euros par hectare. Des recommandations plus élevées que les pratiques habituelles sont également possibles. « Lorsque l’analyse servant au conseil moyen avait été faite dans une zone très riche et que la cartographie révèle en fait que les trois quarts de la parcelle sont nettement plus pauvres.» Proposée par les techniciens cultures et experts céréales, l’offre démarrera avec une trentaine d’agriculteurs. 

 

Dominique Martin


Retrouvez cet article dans le numéro 125 d’Horizon paru en novembre 2015.