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Mes poussins naissent à la ferme

Au May sur Evre près de Cholet, cela fait presque deux ans que Dominique Grasset teste un système d’éclosion des poussins à la ferme unique en France. Cette nouvelle de façon de travailler améliore la santé des poulets et leurs performances. Elle ré-enchante aussi le métier et l’image de l’éleveur de volailles de chair.

 

Mercredi 5 octobre au matin. Dix degrés à l’extérieur, trente-cinq à l’intérieur du poulailler. Sur les plateaux à oeufs, quelques poussins tout mouillés s’extirpent très lentement de leurs coquilles. «Certains mettent deux heures à sortir ; à d’autres il leur en faut quatre. »

 

En deux ans, Dominique Grasset en a vu naître des petits poulets, mais tôt ce matin, quand Nicolas son jeune apprenti est allé remplir les mangeoires, l’éleveur a vraiment été surpris d’apprendre l’heureuse nouvelle: «Les éclosions ont commencé cette nuit. C’est la première fois qu’elles débutent si tôt.On les attendait pour cette après-midi. » A bien y regarder, cette vague de naissances précoces concerne seulement une quinzaine de plateaux bien localisés.

 

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Dominique Grasset, éleveur de volaillesau May-sur-Ervre

Le bâtiment en compte plus de quatre cents, alignés sur toute la longueur du poulailler dans deux dispositifs à rails suspendus. Parmi ces quelques dizaines de premiers nés, une partie stationnent et sèchent dans le berceau situé sous les plateaux. Une poignée d’aventuriers a déjà réussi à gagner la litière en contrebas. Mais ils ne semblent point encore disposés à piquer dans les assiettes d’aliment.

 

Ces 35000 oeufs sont encore tous chauds! «Ils sont arrivés hier mardi à 13heures. » Quatorze jours auparavant, le mardi 20 septembre, les poulets du lot précédent vidaient les lieux, direction l’abattoir. Après l’enlèvement de nuit, il n’a pas fallu perdre de temps: «On a curé, nettoyé, désinfecté le bâtiment et les matériels.» Dix jours plus tard, le vendredi 30 septembre, «on a étendu la litière de copeaux et paille broyée.» Puis dès le samedi «on a mis en chauffe pour monter progressivement à 35°C». Le lundi, veille de l’arrivée des oeufs, «nous avons installé le petit matériel comme les mangeoires».

 

Le lendemain tout était en place pour recevoir le camion du couvoir: «On a mis une heure seulement à décharger les chariots, les pousser dans le bâtiment, puis installer les plateaux d’oeufs sur les crémaillères.» Un moteur convoie et positionne les plateaux sur les rails jusqu’au bout du bâtiment. «Avec le chauffeur, nous sommes quatre personnes pour faire le travail. Nous mettons le camion à ras du poulailler pour éviter de refroidir les oeufs.» Selon Dominique, leur mise en place ne pose pas problème. Elle se fait rapidement et sans effort.

 

Expérimenté dans deux poulaillers

 

Pour l’éleveur, la nouvelle façon de travailler est devenue presque une routine. Voilà quasi deux ans qu’il teste ce nouveau système d’éclosion à la ferme qui révolutionne son métier(1). Dominique Grasset est né dans la volaille. Autant qu’il s’en souvienne, ses parents en ont toujours eu.

 

Depuis son installation avec ses parents en 2000, l’aviculture constitue l’essentiel de son activité. L’exploitation qu’il mène seul depuis 2010 en Earl comprend cinq poulaillers classiques d’une surface totale de 6500m2. Ils sont conduits en lot unique. Autrement dit, les cinq bâtiments sont tous remplis et vidés en même temps. La ferme ne dispose que de cinquante hectares de terres entièrement cultivées par entreprise. La surface est loin d’être suffisante pour absorber le fumier des volailles. «Nous travaillons avec la coopérative Fertil Eveil basée en Vendée.»

 

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Elle fournit la litière puis reprend les fumiers qu’elle composte dans son unité de Saint Pierre du Chemin, avant de revendre le compost. Une solution provisoire pour cette exploitation des Mauges située au May sur Evre au nord de Cholet : «Une nouvelle station de compostage doit voir le jour à Beaupréau; nous serons alors parmi les apporteurs les plus proches. » En levant la contrainte des terres et de l’épandage, l’éleveur concentre son travail sur la volaille, activité la plus rémunératrice, avec le concours d’Alexandre salarié à temps plein et d’un jeune apprenti. Tout en cherchant à diversifier un peu la source de revenu: «J’ai repris un poulailler bio cette année et j’en ai deux autres en projet.»

 

Vu son organisation, l’exploitation se prêtait parfaitement à l’expérimentation du système d’éclosion à la ferme. Le test conduit avec Terrena dans le cadre de Valiance a consisté à équiper deux poulaillers avec le dispositif et à suivre en parallèle deux autres poulaillers témoins. «Les bâtiments étant identiques, l’aliment commun et les poussins entrant dans les uns étant les frères et soeurs des oeufs arrivés dans les deux autres quelques jours plus tôt, c’était la situation idéale pour faire une comparaison.» L’expérimentation démarre début 2015. «Le premier lot est arrivé le 17 janvier. Je m’en souviens car il faisait 2°C dehors.»

 

Le sort veut ensuite que l’un des deux bâtiments équipés pour l’éclosion soit peu après ravagé par un incendie. «Nous n’avons eu le temps d’y faire que quatre lots.» Reconstruit cet été, il sera à nouveau équipé en fin d’année. Entre-temps, le second bâtiment a vu éclore et croître douze lots. Au bout de seize bandes,l’éleveur s’est fait son avis.

 

Les résultats sont très encourageants. D’abord Dominique tient à souligner ce qui lui semble le plus important. Cette nouvelle manière d’élever, agri tendances transformer les bâtiments en nurserie, est selon lui valorisante pour son métier d’aviculteur: «Faire naître les poussins chez soi est très gratifiant. Je ne pensais pas que je ferais cela un jour.

 

La naissance de nos volailles se déroulait jusqu’ici dans une forteresse sanitaire où les éleveurs n’ont jamais accès. » Lui-même reconnaît qu’il éprouve un certain plaisir au spectacle de toutes ces naissances : « Le plus beau c’est normalement à J-2, ce soir en fait, quand on sera en pleine éclosion. » Assister et participer à la mise au monde des oiseaux favorise un relationnel positif: «Je me dis que c’est bien pour nos animaux de naître ici, cela leur apporte un mieux-être.» Impression largement corroborée par les résultats chiffrés.

 

Des poussins en meilleure santé

 

«Dès le premier lot en 2015, on a eu la grosse surprise que cela marchait trop bien. On s’est retrouvé avec trop de poussins. » Le taux d’éclosion est en fait supérieur de 1% à celui du couvoir. Il a donc fallu réduire le nombre d’oeufs. « On a fait beaucoup d’ajustements sur les premiers lots. »

 

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Ce gain est surprenant dans la mesure où les conditions en chambre d’éclosion sont très finement contrôlées et ajustées. «Il est possible que le fait que les oeufs bénéficient du très grand volume d’air du poulailler se révèle finalement plus favorable que dans lorsqu’ils sont confinées dans un espace très réduit. » Les 35 000 oeufs éclosent donc à 94 voire 96% selon les lots.

 

 

L’intervalle entre premiers et derniers éclos est de 48heures environ et tout se passe très calmement. «Je n’entends pas de poussins qui piaillent, comme c’est le cas avec ceux que nous recevons habituellement.» Davantage de poussins viennent donc à la vie et ils sont moins nombreux à la perdre avant terme. «On a une diminution de 1% de la mortalité dans le lot.

 

C’est surtout celle qui survient dans la première semaine qui est divisée par deux.» Habituellement, cette période critique concentre à elle seule la moitié des pertes au cours d’un lot. «Pendant cette première semaine, la mortalité parmi les poussins éclos à la ferme est de 1% au lieu de 1,75 à 2% dans les lots témoins. » Ce meilleur état de santé se traduit par une diminution de la médication: «Le pic de mortalité à trois jours a disparu. Il est lié à l’épuisement du vitellus dans l’estomac des poussins.

 

C’est à ce moment qu’on traite le plus souvent. » Le contact avec l’aliment juste après l’éclosion et l’absence de stress favorisent la mise en place du microbiote intestinal et la prise alimentaire précoce. Cela n’élimine toutefois pas tout risque.«Sur la quinzaine de lots éclos ici, cela nous est quand même arrivé de devoir traiter. » Le bon démarrage se traduit par une amélioration de l’indice de consommation. «Nous avons gagné 40grammes en moyenne sur les lots faits ici. C’est le principal gain qui à terme permet de rentabiliser l’investissement dans le dispositif. » En admettant qu’il soit généralisé dans les cinq poulaillers de l’exploitation, cela représenterait huit tonnes d’aliments économisées par lot. La mise en route précoce du système digestif a donc un effet bénéfique durant la vie du poulet car le gain d’indice de consommation se fait tout au long du lot.

 

Une grosse matinée de travail

 

L’éclosion à la ferme comporte toutefois un inconvénient. Elle nécessite un peu plus de travail, en partie sur une durée plus courte: «Le vide sanitaire est réduit de trois jours. » Chez Dominique, ce vide entre deux lots dure en moyenne seize jours mais il est un peu plus court en été. «Cela nous fait une pointe de travail après chaque enlèvement qui se fait de nuit. » L’installation des petits matériels se fait plus tôt également : «Mais cela nous évite d’avoir à le faire plus tard.»

 

Dès leur mise en place, les oeufs demandent une attention particulière: «Une fois les plateaux installés, je les fais monter tout en haut du bâtiment avec le treuil. La température y dépasse les 40°C. Je les laisse une heure pour qu’ils soient bien en température avant de les redescendre dans la zone à 35°C.»

 

Pendant les trois jours de leur séjour, Dominique ausculte la température des oeufs qui doit être maintenue à 38° C. « Toutes les trois à quatre heures, je prends la température de vingt oeufs, toujours les mêmes, et j’ajuste le chauffage en fonction.» Ces oeufs marqués à la peinture verte éclosent peu à peu ce qui réduit en conséquence le nombre de mesures. « Je ne me lève pas non plus la nuit pour cela. Je contrôle une dernière fois à 23heures puis à 6heures le matin.»

 

Durant ces trois jours de nurserie, l’éleveur doit être rigoureux et ponctuel pour distribuer eau et aliment : «Vu la température ambiante, pour que cela reste frais, on attend le dernier moment. L’aliment a été donc mis juste ce matin : « C’est seulement ce soir et surtout demain que les poussins vont commencer à manger. Dans l’après-midi, on vamettre l’abreuvement en route. Demain jeudi, je vais contrôler qu’ils mangent et boivent bien et vérifier la hauteur des pipettes. »

 

Dès ce soir, l’éleveur va abaisser le dispositif plus près du sol pour faciliter la descente des poussins depuis leur berceau. « Là aussi, on attend le dernier moment car la litière est plus froide.» Demain jeudi, ce sera la fin des éclosions. Puis vendredi, on sera à J0. Avant l’arrivée des poussins destinés aux autres bâtiments, «nous aurons une grosse matinée de travail ». C’est là, explique Dominique, que l’éclosion à la ferme demande un surcroît de boulot aux éleveurs. «On doit retirer les oeufs non éclos, les compter pour connaître le taux de réussite, récolter les coquilles vides, enlever les grilles les plateaux, les empiler sur les chariots et les sortir à l’extérieur, nettoyer tout ça et remonter le système d’éclosion au plafond. »

 

Tout cela demande quatre heures de travail à deux ou trois personnes. Enfin, une autre chose en plus sera à faire dès vendredi, quand tout sera enlevé: vacciner les poussins contre la bronchite infectieuse. «On le fait avec un pulvérisateur à dos. Au couvoir, cette opération est réalisée automatiquement avec un spray.» Ce même jour encore, la température ambiante sera diminuée à 32°C, le niveau requis habituellement à la réception poussins.

 

Une histoire d’éleveur à raconter aux consommateurs

 

Dominique Grasset est le seul à avoir testé ce système en France. Pour lui, l’éclosion à la ferme est appelée à se développer: «Cette technique est possible car nos poulaillers d’aujourd’hui sont bien isolés et équipés de canons à air chaud et non plus de radiants. C’est ce qui m’a permis de l’installer dans un poulailler de 15ans sans devoir revoir le chauffage ou l’isolation. » Président de Galliance, il la considère comme un atout pour le développement de La Nouvelle Agriculture®. «Ce sera valorisant pour le produit. On a là, en tant qu’éleveurs, quelque chose à raconter aux consommateurs, pas juste une histoire de robots ou de machines qui font le travail. Demain, je reçois des clients professionnels, notamment de la restauration hors foyer, je pense qu’ils seront intéressés par ce qu’ils verront.»

 

Dominique Martin

 

(1) Ce système est commercialisé par Terrena sous le nom d’Ecloferm.

 

L'exploitation

Dominique Grasset, un salarié temps plein et un apprenti.

Productions animales
  • • 5 poulaillers classiques,
    • 6500 m² au total, production de poulets et de pintades occasionnellement;
    • un poulailler bio sur second site
Surfaces
  • 50 hectares de céréales; travaux confiés à une entreprise.
Dates clés
  • 2000 : installation de Dominique en Earl avec ses parents.
  • 2010 : départ en retraite des parents.
  • 2015 : démarrage de l’éclosion à la ferme dans deux poulaillers.
  • 2016 : reprise d’un poulailler bio.