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La cartographie des sols pilote les apports d’intrants

Tous les agriculteurs le constatent : le potentiel de production varie au sein d’une même parcelle. Moduler les doses de fertilisants, amendements et semis, afin d’éviter le gaspillage sans pénaliser les zones favorables, n’est plus une idée futuriste. Les technologies sont aujourd’hui disponibles et commencent à faire leurs preuves.

 

 

 

Entre 10 et 95 q/ha de blé: voilà l’hétérogénéité de rendements obtenus en 2016 par le gaec Bois David à Chemeré-le-Roi en Mayenne, sur une parcelle de 9 ha. Cette carte de rendements est imprimée en format géant comme introduction à la journée organisée le 2 juin au gaec Vignais à Montreuil-sur-Maine (Maine-et-Loire) sur le thème du nouveau service Fertilio e-RM. «Dans les parcelles hétérogènes, il est possible d’améliorer la productivité et l’impact sur l’environnement à niveau d’intrants équivalent, grâce à la modulation intra-parcellaire des doses de fertilisants » résume Laurent Varvoux du service agronomie de Terrena. Cette fertilisation de précision est déjà bien connue en ce qui concerne l’azote, grâce à la mesure de la réflectance du couvert végétal par satellite (Farmstar ou Fertilio Sat). Avec Fertilio e-RM, une nouvelle étape est franchie, qui permet de moduler les autres éléments fertilisants en fonction du potentiel de rendement permis par la nature du sol. Le service proposé par Terrena consiste à déterminer les zones homogènes d’une parcelle grâce à la mesure de la résistivité électrique des sols. «C’est la capacité d’un sol à ne pas conduire le courant électrique, explique Nicolas Bloch, pédologue à La Noëlle Environnement. Plus le sol est profond et le volume de terre important, plus le courant passe. La matière organique et l’humidité favorisent aussi le passage du courant électrique. En revanche, les particules grossières et les cailloux le freinent.» Une drôle de machine équipée de quatre trains de roues dentées et tractée par un quad sillonne le champ sur des lignes espacées de 12 mètres. Le premier train de roues envoie un courant électrique ; les trois autres le récupèrent, mesurant ainsi la résistivité à 50 cm de profondeur, 1 m et 1,80 m. Une première cartographie est établie indiquant les zones du champ où le sol se comporte de la même façon. Le pédologue se rend ensuite sur place pour effectuer des prélèvements à la tarière sur des zones ciblées, et caractériser physiquement le type de sol. Des analyses chimiques complètes sont également réalisées dans chaque zone.

 

Capteur de rendement instantané

 

La cartographie finale de la parcelle, intégrant les éléments physiques et chimiques, permet de réaliser des préconisations modulées selon les zones de la parcelle, pour le phosphore, le potassium, la magnésie, les amendements basiques et organiques, les oligo-éléments et la densité de semis. Dès la deuxième année, ces préconisations peuvent prendre en compte la cartographie des rendements (et donc des exportations) à condition d’être équipé d’un capteur de rendement instantané sur la moissonneuse-batteuse ou l’ensileuse. Les différents matériels permettant la modulation étaient présentés sur la plateforme le 2 juin: fosse à lisier à pendillards, épandeur à fumier, épandeur à fertilisants, pulvérisateur, semoir.
«Vous recevez le fichier de modulation par e-mail et vous le transférez sur la console du tracteur à l’aide d’une clé USB, explique Edouard Berthelin, responsable de l’équipe OAD. Ce n’est pas très compliqué mais il faut s’y préparer, en se formant pendant l’hiver par exemple.» Des améliorations seront apportées à l’avenir pour simplifier le transfert du fichier et donner davantage d’autonomie à l’agriculteur. Chez John Deere, le système JDLink conçu pour l’assistance à distance permet déjà un transfert direct de l’ordinateur au tracteur, sans passer par une clé USB. Mais la solution est coûteuse. Par ailleurs, pour davantage de réactivité, l’agriculteur pourra dans un futur proche convertir lui-même sa carte de préconisations de semis, en passant des grains/m2 aux kilos/ha à partir de l’information « poids de mille grains» indiquée sur les sacs de semences. Pour le moment, c’est Terrena qui effectue cette conversion.

 

Des gains sont possibles

 

«Pour pratiquer la modulation des apports, il y a des investissements à prévoir, reconnaît Sébastien Fourmond du service recherche et innovation. Mais en contrepartie, des gains sont possibles. Il faut choisir des consoles polyvalentes capables de communiquer avec tous les matériels afin de réduire les coûts. Nous estimons qu’une console John Deere avec antenne GPS à 13 000€ est rentabilisée en 7 ans par l’autoguidage et la suppression des zones de recouvrements en bords de champ. » A court terme, les distributeurs de fertilisants devraient tous être équipés pour la modulation pour un coût modique; ce n’est pas le cas des tonnes à lisier où le surcoût représente 25 000¤. Les Cuma et ETA sont donc un moyen d’envisager de tels investissements. La service Fertilio e-RM lui-même constitue un investissement compris entre 96 et 142€/ha la première année, en fonction de la surface contractualisée. Il faut y ajouter le coût de la prestation annuelle (réalisation des cartes de modulation, intégration des cartes de rendement) pour 16 à 20€/ha/an; ainsi que les coûts d’analyses de sols tous les 5 à 7 ans.

 

Transfert de charges

 

Une synthèse sur 750 ha dans 5 exploitations indique une économie moyenne nette de 92€/ha, avec de grandes disparités d’une parcelle à l’autre. Ainsi, certaines exploitations récupèrent leur investissement dès la première année! En principe, plus l’hétérogénéité du champ est importante, meilleur sera le retour. « Il y a des économies à faire sur certaines parcelles, et des investissements en fertilisation nécessaires sur d’autres, observe Didier Barba, chargé d’affaires céréales. En fait, une partie des charges est transférée afin d’éviter le gaspillage dans certaines zones tout en valorisant les zones à haut potentiel où la culture exporte davantage. » Concernant les éventuels gains de rendement à attendre, peu de données sont encore disponibles, mais des estimations réalisées chez les adhérents d’Axeréal indiqueraient +2 à 4 q/ha selon les terres et les cultures.

■ Nathalie Tiers