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Ma stratégie en lait bio

Installation, transmission, conversion en bio. Au gaec des Epiniers à Fercé, le chemin d’Antoine Baron, appuyé par sa famille, le conduit à changer de stratégie pour assurer la pérennité de cette ferme laitière et familiale.

 

Deux associés, deux salariés. Tel est le visage transitoire du gaec des Epiniers à Fercé, une ferme laitière familiale en pleine évolution. En quasi révolution même. Il y a juste un an, le 1er avril 2015, Antoine Baron s’installe en gaec avec Patrick, son père. La semaine suivante ils s’engagent tous les deux pour passer en agriculture biologique.

 

Une année auparavant ils avaient commencé à convertir une partie des terres en prairies. Leur idée: produire la même quantité de lait, entre cinq cents et cinq cent cinquante mille litres par an, mais de façon totalement différente. Pour ce faire, ils décident d’abandonner le porc: «Nous avions cent dix truies avec l’engraissement » Depuis un an, les maternités sont arrêtées. «La semaine prochaine, nous rentrerons la dernière bande de porcelets dans les engraissements.» Au printemps 2017, à l’issue de la conversion, la ferme ne produira plus que du lait bio et Patrick pourra prendre sa retraite.

 

hor131_laitLe premier aspect de cette large transition est en effet humain : la poursuite d’une dynastie paysanne remontant à plus de cinquante ans. Quand Patrick s’installe en 1979, c’est en gaec avec son père et un salarié de l’exploitation. Son père Henri Baron avait lui-même repris en 1954, à l’âge de 22 ans, la ferme de ses parents. Eux-mêmes, les arrière grands-parents d’Antoine, avaient démarré ici dans le castelbriantais sur une fermette de cinq à six hectares et trois ou quatre vaches à lait. Henri Baron fut président de la chambre d’Agriculture de Loire Atlantique de 1976 à 1992, maire et conseiller régional. Patrick est très engagé lui aussi syndicalement. A son installation, la ferme laitière de 50 hectares est trop petite pour accueillir un jeune avec le soutien des aides. Un atelier de naissage de 56 truies est créé afin d’atteindre la SMI.

 

L’exploitation croît lentement jusqu’à cent hectares, sa taille actuelle, permettant ainsi le développement du lait, le doublement des truies et l’engraissement des porcelets. L’assolement monte à 45ha de maïs dont vingt-cinq récoltés en grains pour les porcs. Trente hectares sont consacrés aux céréales pour la vente. Côté prairies, c’est la peau de chagrin: vingt-cinq hectares. «Nous avons été très intensifs sur la surface pour avoir beaucoup d’emplois, toujours au moins trois.

 

 

Le système avait sa cohérence, cela tournait économiquement» reconnaît Antoine. Quand son grand-père prend sa retraite, le gaec continue de tourner avec deux associés et un salarié. Lorsqu’Antoine s’installe, il reprend les parts de l’associé de son père, sachant que celles de Patrick suivront, avec un montant important de foncier. «Nous avons créé un GFA en parallèle pour que papa puisse retirer doucement son capital. »

 

Cette solution étale dans le temps la reprise. «J’ai pris des prêts du marché, plus intéressants que les prêts JA. Ma prise de risque personnelle est faible de l’ordre de 40 000 euros à mon installation et une seconde fois quand mon père partira dans un an. » Reste une inconnue: «Nous n’avons pas encore de solution claire pour le remplacer. » Antoine ne semble pas trop inquiet. Il y a un an, le salarié de l’exploitation a été remplacé par deux membres de la famille. Virginie, la compagne d’Antoine, est aujourd’hui employée à mi-temps.

 

En attendant mieux. Ingénieure agronome comme Antoine, elle aspire à travailler dans un cadre professionnel plus ouvert. Par ailleurs, Thomas, 24 ans et petit frère d’Antoine, est entré comme salarié à temps plein. «C’est trop tôt pour lui de prendre une décision.» Il reste un an pour voir venir: «De toute façon, on maintiendra trois emplois sous quelque forme que ce soit.»

 

 

Sécuriser le revenu

 

 

Pour Antoine, le plus important a été de choisir sa stratégie, celle d’un jeune éleveur démarrant sa carrière à trente ans. Après ses études à Clermont Ferrand, il a travaillé cinq années comme animateur de groupe de développement au Civam de la Sarthe : « J’ai notamment accompagné des groupes d’agriculteurs en difficulté. Cela m’a servi d’avertissement pour prendre le moins de risques possible.»

 

Son choix, longuement mûri, est de ne pas s’agripper à la perche tendue: «Par le biais des réattributions, nous avions la possibilité de passer à un million de litres de lait, mais économiquement nous n’avions aucun intérêt à le faire. » Pour produire la moitié de ce volume, les quatre-vingts laitières logent dans un bâtiment amorti âgé de vingt ans. «Pour faire le double, j’aurais dû investir sept à huit cents mille euros.

 

 

Compte tenu de l’EBE permis par ce litrage supplémentaire et des annuités d’emprunt à verser, cela se serait soldé par une diminution de revenu de trente mille euros par an avec un surcroit de travail. » Le revenu actuel et le niveau des prélèvements étant jugés satisfaisants, l’autre stratégie était de sécuriser ce revenu en diminuant les charges et en valorisant au maximum le lait, sans travail supplémentaire.

 

D’où le passage en bio. «J’ai vu beaucoup de collègues faire le choix d’investir mais pour moi les calculs montraient qu’en bio et avec peu d’intrants, on pouvait améliorer de trente mille euros le revenu. Cela faisait une différence de soixante mille euros entre les deux projets. » L’arrêt du porc sera quant à lui sans incidence: «Aujourd’hui, nous y travaillons pour rien, estime Patrick. C’est positif d’arrêter.»

 

 

Système herbager et pâturant

 

 

La reprise s’est donc faite sans aucun investissement dans les bâtiments. Malgré leur âge, Antoine les trouve assez fonctionnels. «S’il y a besoin donner de la place aux génisses et aux vaches, cela se fera à moindre coût. » Sur le plan sanitaire, le logement ne pose pas de soucis : «Nous avons eu cinq mammites cette année. Nous partons d’une situation saine. Le sanitaire ne m’inquiète pas du tout. » Avec deux traitements autorisés en cours de lactation, le bio ne laisse pas l’éleveur ni les vaches sans solution de secours.

 

 

Pas question d’ailleurs que les vaches stationnent  en bâtiment, au contraire. Cet hiver, les bêtes n’y ont passé qu’un mois et demi. Le véritable investissement d’Antoine, ce sont les pâtures. L’arrêt du porc permet de rebattre les cartes au profit de l’herbe. «Auparavant nous avions seulement quinze hectares accessibles aux animaux.

 

Cette année nous sommes à 34 et l’an prochain 40ha. » Les prairies de ray-grass anglais et trèfle blanc sont conduites sans engrais minéraux depuis dix ans au moins pour les plus anciennes: «Elles fonctionnent bien, nous donnent dix tonnes de matière sèche par an.»

 

 

Les terres de landes qui entourent les bâtiments sont toutes drainées et de là productives et accessibles très tôt. Pour les génisses, un bloc de 25ha contenant un peu de fétuque a été semé à quelque distance. Ces prairies assolées devraient tenir sept ou huit ans, avant de passer en maïs une année puis revenir en prairie. Une seconde rotation met en oeuvre des prairies de ray-grass hybride et trèfle violet pour la fauche, suivies d’un maïs puis de deux ans consécutifs de mélange céréalier récolté en grains.

 

Ce système herbager et pâturant, accompagné d’associations non fertilisées a réduit la sole de maïs à 15 hectares seulement : «Demain, ce sera peut-être que dix ou douze». Elle est désormais diluée dans 65ha de prairies et 20ha de mélanges triticale pois ou triticale féverole. Le but estde couvrir au maximum les besoins des animaux sans achat. « Nous avons largement assez de fourrage » estime Antoine.

 

Le pâturage au printemps, en automne, mais aussi l’été avec des stocks d’herbe conservés sur pied, est le plus grand contributeur. L’hiver, l’ensilage de maïs – deux tiers de la ration hier – ne compte plus que pour 40%, l’ensilage d’herbe devenant majoritaire. Pour compléter, les quantités de mélange céréalier ne devraient pas manquer: «Avec500 kilos par vache, j’ai besoin de 40 tonnes par an.»

 

Les vingt hectares devraient, sauf accident, donner le double, le reliquat étant écoulé à la coopérative. Certes l’ensilage d’herbe est moins ingestible que le maïs: «On fera un peu moins de lait.» Cela non plus ne semble pas un souci: «Nous étions déjà peu intensif sur l’animal avec 7500 à 8000l par vache; à ce jour on n’a pas trop baissé mais on verra l’hiver prochain. J’ai fait mon projet sur 6000 à 6500 litres.»

 

Pour tenir le niveau, le besoin d’acheter du correcteur azoté – très coûteux en bio – se fera peut-être sentir. Mais pas sûr qu’il soit satisfait : «On sera moins exigeant et on acceptera plutôt une baisse de production qu’une compensation avec du concentré.» Pour Antoine, faire son volume de référence n’est pas une priorité coûte que coûte. «Dans mon projet, je suis parti sur 470000 litres, finalement cette année on a fait les 550000.»

 

Cohérence humaine

 

Déconnecter le système du coût des intrants et de leur inflation est bien ce qui prévaut. Le lait bio est certes aujourd’hui payé très au-dessus du conventionnel : 440 euros contre 300 euros les mille litres: «Le marché est fortement tiré par la demande au point que les prix n’ont pas fléchi.» La prime bio pourrait néanmoins se réduire dans les années à venir. «D’ici là, avec des charges faibles et pas d’intrant j’aurai déjà sécurisé au mieux mon revenu.»

 

Autre élément qu’Antoine juge sécurisant: l’agriculture de  groupe dans le cadre de sa Cuma, dont il est administrateur, et de sa coopérative: «C’est important de ne pas réfléchir seul dans son coin et ce n’est pas la même ambiance que les collègues qui sont chez un industriel du lait.» Avec sa conversion bio, il n’aura pas à quitter la coop avec laquelle la famille travaille depuis les débuts(1).Ses choix inclinent à garder une cohérence entre économie de l’exploitation et capacité «humaine» de faire le travail.

 

«Aujourd’hui, on arrive à traire seul en deux heures maximum. » Cela donne une grande latitude vis-à-vis de la vie familiale. Jeune papa d’une fille de trois ans et d’un fils de quatre mois, Antoine se lève à 6 heures le matin pour faire la traite et finir à 8 heures au plus tard: «J’emmène alors ma fille à l’école pour reprendre à 9 heures. L’après-midi, je travaille de 14 à 17, puis je vais chercher mes enfants chez l’assistante maternelle.» Virginie et Thomas comme salariés commencent eux à 9 heures le matin.» A quoi bon augmenter les vaches ou le lait, si c’est pour rompre cela.

 


Dominique Martin

 

(1) L’exploitation livre son lait à Laïta mais, à l’issue de sa conversion, le lait bio sera destiné à Eurial en vertu d’un accord général passé entre les deux coopératives

 

 

L'exploitation

Deux associés Antoine et Patrick Baron ;
deux salariés, Virginie et Thomas Baron

Surfaces
  • 100 ha dont :
    • 65 ha de prairies temporaires
    • 20 ha de mélanges céréaliers triticale
    pois ou féverole
    • 15 ha de maïs ensilage
Productions animales
  • 550 000 litres de lait avec 80 vaches
    laitières holstein
Dates clés
  • 1979 : installation de Patrick Baron en
    gaec avec ses parents et et un salarié sur
    50 ha avec création d’un atelier de
    56 truies naisseurs en complément du lait.
  • 2015 : installation d’Antoine en gaec
    avec Patrick Baron ; arrêt progressif
    du porc ; conversion en agriculture
    biologique.