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Pour mes charolaises, herbe et luzerne en plat principal

A Mauléon, Gilles Dubin élève ses charolaises et produit une viande à l’herbe grâce au pâturage. Dans son système économe en intrants, il a aussi remplacé le maïs par la luzerne pour engraisser les mâles du troupeau.

 

En ce début janvier, l’année commence bien pour Gilles Dubin. Toutes ses charolaises sont gestantes. Sept portent des jumeaux : « J’ai fait les inséminations du 1er novembre au dix-huit décembre. J’ai eu un peu plus de retours, mais j’ai réussi comme d’habitude à avoir mes quarante-six vaches pleines en soixante jours. » L’automne dernier, elles lui ont donné cinquante-deux veaux, tous nés vivants, allaités pour l’heure en stabulation par leurs mères.

 

Quant aux génisses nées un an plus tôt, elles sont encore à brouter les pâtures. Stockés sur champ près de la stabulation, les rouleaux de luzerne enrubannée offrent un horizon rassurant : « J’ai presque une année en stock. » Six ans que l’éleveur a introduit cette nouvelle culture fourragère sur sa ferme. Quatre hectares, exploités quatre fois dans l’année : « La première coupe mi-mai en enrubannage, la deuxième en foin fin juin, la troisième en octobre. » En août, quand la luzerne est « claire », Gilles opte pour un pâturage rapide des vaches : « Souvent, il y a peu à ramasser, deux bottes soit une tonne par hectare. » Il arrive aussi que deux des trois coupes passent en enrubannage : « C’est intéressant quand cela sèche moins vite. On préserve la feuille et le stade est plus vert. » La qualité de fourrage, voilà ce qui importe plus que tout chez cet éleveur soucieux de nourrir ses animaux par ses moyens propres.

 

Luzerne et mélange céréalier aux taurillons

 

La luzerne est destinée à engraisser les jeunes mâles. Cela fait déjà dix ans que Gilles a arrêté de cultiver du maïs. « C’était pendant les années de sécheresse. Je récoltais quatre tonnes à l’hectare. » Après ce virage, il passe d’abord en ration sèche avec ses propres céréales, mais aussi en achetant du grain, de la paille et un complémentaire protéiné. « En 2010, avec la hausse de la matière azotée et le prix des céréales qui montait aussi, je suis parti sur la luzerne. » Celle-ci est distribuée à volonté : « Les taurillons consomment quatre à cinq kilos de matière sèche par jour. » A cela, Gilles ajoute, en quantités croissantes avec l’âge, son mélange de grains composé de pois, de triticale et d’avoine : « On arrive à neuf kilos par jour en finition. » La ration autoproduite est certes de qualité variable : « Il faut un bon enrubannage. Je suis souvent à 20 % de pois dans le mélange mais c’est sûr qu’avec 30 % ce serait mieux. »

 

De même son équilibre n’est pas toujours optimum : « Le plus compliqué est en juillet et en août avec la montée progressive en énergie. » Malgré tout, les performances sont au rendez-vous avec des taurillons pas trop lourds vendus à seize mois : « Les derniers sont partis la semaine dernière ; ils étaient à 428 kilos de carcasse en moyenne. »

 

 

IMG_6434 copieIl n’y a pas si longtemps que Gilles maîtrise tout cela. Pour la première fois en 2015, il a été autonome non seulement sur les protéines mais aussi sur les céréales. La situation était bien plus critique il y a six ans.

 

« En 2010, je me posais la question soit d’arrêter d’engraisser les mâles, soit de diminuer le nombre de vaches, soit de m’agrandir. » C’est finalement cette dernière option qui lui permet de souffler. Jusqu’en 2007, la ferme avait peu évolué dans sa structure.

 

 

Reprise il y a vingt ans à ses parents, elle comptait 56 hectares : « Mon père y faisait 35 vêlages, moi je suis passé à 48 droits à prime. » Pour cela, Gilles arrête l’achat de broutards, une quinzaine par an. En 2007 d’abord, il parvient à reprendre dix hectares en bail précaire, puis, en 2011, dix autres hectares : « S’il avait fallu, j’étais prêt à les laisser pour une jeune. »

 

Cet agrandissement conforte sa sécurité alimentaire : de dix hectares de céréales auparavant, il en cultive quinze désormais, essentiellement son mélange et du triticale en pur. Il a diversifié avec la luzerne, excellent précédent avant deux années de cultures : « On gagne des quintaux sur la première céréale après. » Ce bol d’air renforce aussi la fonction que Gilles attribue à la plus grande partie de son exploitation : nourrir en totalité le troupeau de vaches et de génisses à l’herbe, et au maximum par le pâturage.

 

Pâturage tournant généralisé

 

Sur les 56 hectares de prairies, quinze sont des près naturels, une partie en coteaux et une autre en zone inondable de bords de ruisseaux. Le reste sont semées en multiespèces : du ray-grass anglais, du trèfle blanc, de la fétuque. « Et un tout petit peu de dactyle, pas trop pour ne pas étouffer le trèfle. » Les prairies sont conservées cinq à six ans. Elles passent deux années en culture. Puis elles retournent en herbe.

 

A regarder de la stabulation, on ne voit qu’elle d’ailleurs. Des pâtures, toutes regroupées dans un rayon d’un kilomètre autour des bâtiments. Les bêtes y passent le plus clair de l’année dans l’un des quatre lots constitués. « Le 15 ou le 20 mars, il faut commencer à les mettre dehors, dès que le terrain porte. » Gilles allote d’un côté les mères avec les veaux mâles, et d’un autre celles avec des femelles. Le troisième lot est formé avec les génisses et vaches destinées à la réforme dont les veaux sont sevrés dès le 1er mars. Enfin le quatrième lot regroupe les génisses de dix-huit mois. « Les génisses qui ont une année de plus et sont prêtes à vêler sont mises dans un des lots de vaches. »

 

Selon Gilles, mettre précocement tout ce petit monde à l’herbe est essentiel pour qui veut bien valoriser la pousse de printemps. « Il faut sortir quelle que soit la hauteur d’herbe. Souvent on attend alors qu’il fait beau car on juge qu’il n’y en a pas assez. Puis, en avril il pleut et on doit encore attendre alors que cela continue de pousser. A la fin il ne reste que trois semaines de bon avant l’épiaison. »

 

Certes les années se suivent et ne se ressemblent guère ; il faut s’adapter en fonction. Ainsi, par exemple, quand le début de printemps est sec, « je commence par faire pâturer les prairies qui sont habituellement humides, puis quand la pluie arrive, je monte alors les vaches sur les parcelles plus portantes. » Quoiqu’il en soit, Gilles a une façon bien claire de marquer le coup : « Au 15 mars je ferme le silo d’ensilage d’herbe. Comme cela on ne se pose plus de question. » Il ne sera rouvert qu’à l’automne. Sauf exception : « On a eu que des années humides depuis 2010. »

 

Finition 100% à l’herbe

 

Faire brouter une herbe jeune et feuillue, bref de qualité, rime avec pâturage tournant. Il est systématique ici, avec quelques finesses : « Je commence par faire un déprimage sur le maximum de la surface jusqu’au 25 avril ou le 1er mai. » Une partie des parcelles y échappe, huit à dix hectares, et c’est elle qui sera ensilée. Puis commence vraiment le pâturage tournant : « Je mets 25 ares par vache et j’ajoute un are par mois d’âge des veaux. » Soit 33 ares pour couple mère veau, et sept hectares pour un lot de vingt-deux vaches suitées.

 

Ce pâturage tournant se prolonge en été après le sevrage effectué fin juin à raison de 45 ares par vache. « Peu à peu, j’intègre les parcelles qui ont été ensilées. » Tandis que les autres sont débrayées en foin : « Toutes les prairies sont fauchées une fois pour éliminer les refus. » Les génisses valorisent les coteaux où l’éleveur improvise chaque année un pâturage tournant « simplifié » qu’il adapte à la configuration des parcelles. 

 

Les vaches (et génisses) destinées à la réforme sont quant à elles traitées avec le même égard que leurs consœurs : « Il faut avoir le même œil pour leur offrir une herbe de qualité. » Pour finir de les engraisser, Gilles s’astreint à une finition cent pour cent à l’herbe depuis 2011. Elles sont mises au pâturage à la même date que les autres, mais après sevrage précoce des veaux. Et c’est là leur plat unique : « Même en juillet août elles ne sont pas complémentées. » Une première partie est envoyée à l’abattoir dès la fin juin. Le reste suit dans les deux mois suivant, « ou éventuellement en septembre ». Là aussi, l’éleveur sait qu’il pourrait faire plus : « En les complémentant, elles pourraient peut-être peser plus lourd, mais avec trois ou quatre kilos de concentrés, elles mangeraient moins d’herbe. »

 

Le poids des carcasses de ces vaches finies au pâturage est tout à fait correct : 450 kilos en moyenne. « Surtout, c’est de la viande produite à pas cher, quand le prix n’est pas à la hausse. Je préfère produire au plus bas coût et rester simple au niveau du travail. » D’un autre côté, Gilles est conscient de la qualité de cette viande à l’herbe qu’il produit… et qui n’est pas reconnue : « Les bêtes sont bourrées d’oméga 3 qu’elles ont brouté jusqu’au bout mais ne sont pas valorisées en conséquence. » La charolaise lui semble parfaitement adaptée à un régime totalement herbe, comme la limousine ou la rouge des prés, mais ces qualités sont peu mises en avant. Sauf sur des marchés de niche que Gilles juge trop contraignants : « Je n’ai pas spécialement envie de faire de la vente directe avec le travail que cela suppose ou de passer en bio. »

 

Son système n’en est pas moins vertueux à bien des égards : « Je ne mets pas d’azote dans les prairies ni dans les mélanges céréaliers. J’achète juste 1,5 à 2 T d’urée par an pour le triticale. C’est aussi la seule culture où je fais un désherbage et un fongicide. Le passage en céréale pur me permet ainsi de maîtriser ensuite les rumex dans les prairies. » La seule fumure est organique. De l’automne à la mi-février, le fumier de la fumière couverte est distribué à faible dose sur les quarante hectares de prairies temporaires : « Je mets quinze tonnes à l’hectare. »

 

Depuis qu’il fait de la luzerne sur ses sols acides (pH 6), Gilles effectue également un apport d’amendement calcaire tous les ans sur cette culture. L’éleveur essaye d’intervenir le moins possible dans les pâtures. « Je ne mets pas de râteliers à foin. J’ai tiré des tuyaux pour mettre l’eau dans toutes les parcelles. Je préfère y aller à pied car en tracteur les animaux s’agitent plus et piétinent davantage. »

 

En août, il se concentre sur la surveillance en rapprochant les vaches de la stabulation : « Je les rentre le soir pour prendre leur température. Celles qui sont prêtes, je les garde pour la nuit. » De même, toutes les vaches sont rentrées fin octobre pour débuter les inséminations dans les meilleures conditions. Les bêtes continuent alors d’être nourries à l’herbe avec cinq kilos de foin et autant d’ensilage et des minéraux. « En novembre et décembre, je complète avec deux kilos de mélange céréalier pour faire un sorte de flushing, puis je diminue à un kilo en janvier. Cela prend bien naturellement comme ça sans faire de groupage des chaleurs. »

Dominique Martin

Horizon n°129 – Mars 2016

 

 

 

L'exploitation

Exploitation individuelle Gilles Dubin 

Surfaces

75 hectares dont :

– 15 ha de mélange céréaliers et triticale
– 4 ha de luzerne
– 15 ha de prairies naturelles
– 40 ha en prairies multiespèces

Productions animales
  • 48 vaches charolaises
Dates clés
  • 1995 : installation de Gilles sur 56 ha à la suite de ses parents
  • 2004 : arrêt du maïs
  • 2007 : reprise de 10 ha en bail précaire
  • 2011 :  reprise de 11 ha